samedi 30 juin 2018

The House on Mansfield Street, de Richard Mansfield

 Nick Greene (Matthew Hunt), vidéaste, réalisateur de documentaires, quitte Londres pour emménager à Nottingham. Il filme son départ et son installation. Bien vite, dans la maison qu'il loue et dont il est le seul occupant, une activité paranormale se manifeste. The House on Mansfield Street fait partie de ce qu'on appelle, dans le cinéma expérimental, le found footage, c'est-à-dire les « films retrouvés ». Esthétiquement, il s'agit de coller au plus près au réel, sans fioritures narratives. Il est bien évident que malgré l'annonce de l'affiche (the footage is real), l'ensemble est une fiction écrite et tournée par Richard Mansfield dont la démarche cinématographique consiste à inventer une histoire, prendre une caméra, filmer. Cela peut sembler idiot dans la mesure où n'importe quel réalisateur fait en principe la même chose mais ici, l'économie de moyens permet un retour aux bases.

Dans l'intrigue en question, des bruits de pas à l'étage se font entendre, des grattements se déplacent dans les cloisons, des objets semblent avoir bougé tout seuls. Greene, bien équipé en matériel technologique, décide de mettre la maison sous surveillance vidéo, y compris avec un détecteur de mouvement. Bien entendu, il tente d'abord de trouver des explications rationnelles. Néanmoins, une didascalie nous prévient dès le début du film : Greene ne terminera jamais son documentaire.

En outre, immédiatement après avoir emménagé, il reçoit la visite de sa nouvelle voisine, une certaine Emma King (Kathryn Redwood). La jeune femme qui, à ses dires, travaille dans le même immeuble que Greene, offre à celui-ci un « porte-bonheur » à accrocher à la porte d'entrée : un petit sac cousu à la main, rempli d'on ne sait quoi et orné d'un symbole. Cette visite et ce présent m'ont immédiatement mis la puce à l'oreille nonobstant l'apparente innocence d'Emma. Si donc, je sais aussi d'avance que Greene ne finira pas son projet, cela signifie que l'intérêt du film se situe ailleurs et que l'intrigue n'est qu'un point de passage dialectique. À ce niveau tout de même, on constatera qu'il y a effectivement quelque chose de surnaturel dans cette maison, y compris en journée. Les tentatives d'explication rationnelle ne tiendront pas. Emma est, du point de vue narratif, la cause du problème et nous le saurons à la fin du film. Ses motivations, si on s'en tient uniquement à l'intrigue, peuvent sembler opaques (sa nature même pose problème : est-elle une sorcière ou un démon?). De là, on pourrait conclure à la faiblesse du script mais c'est là, précisément, qu'à mon sens il faut regarder au-delà de la surface des choses. Encore une fois, le « surnaturel » plaqué sur le « naturel » ne suffit pas à circonscrire une thématique à moins de s'en tenir à un visionnage de divertissement et rien d'autre.

À vrai dire, Greene ne me semble pas spécialement sympathique. Il se veut tel, surtout lorsqu'il se filme mais de toute façon, il ne fait que ça. C'est peut-être bien là une partie du problème. Greene est un homme désireux de tout mettre en mémoire, et ce le plus vite possible. Très pressé d'aller partout, n'accordant aucune importance à la mémoire naturelle, paumé lorsqu'une tempête de neige (dont, d'ailleurs, on peut se demander quelle est la cause véritable) le bloque plusieurs jours chez lui, il malmène en définitive les rythmes naturels qui lui permettraient de véritablement découvrir Nottingham. Il les malmène, les viole même ; son obsession d'archiviste informatique et sa recherche de matériel de pointe font de lui, littéralement, un pornographe, un voyeur auquel rien ne doit échapper (y compris par l'entremise de son détecteur de mouvement lorsqu'il s'absente). La malédiction qui s'abat sur lui, sous la forme d'Emma, serait alors un rappel narquois de la réalité, pas seulement, donc, une histoire sans queue ni tête de hantise et de meurtre. Et la réalité a ses rythmes, ses processions bien à elle.


C'est que Greene est « vert », c'est-à-dire, en anglais, jeune, inexpérimenté. Sa perception du monde se limite au parcage technologique dans lequel tout s'engouffre. Tout le reste, le plus important, lui échappe, même lorsque c'est sous son nez : il ne voit pas l'espèce d'avertissement sur sa vidéo de la visite des souterrains de Nottingham ; devant la statue de Robin des Bois, il comprime en quelque sorte des siècles d'histoire comme on comprime un fichier. La technologie en tant que telle n'est pas en cause : aucun de ses appareils n'est endommagé par la force étrange qui se manifeste chez lui. Greene ne supporte pas la réalité non filtrée ou présentée d'une manière différente de sa méthode : la scène où Emma lui tire les cartes me semble exemplaire. Le tirage s'avèrera exact en ce qui concerne son avenir (et nous n'avons aucun doute là-dessus, donc, depuis le début), ce qui permet de comprendre que les lames tirées par rapport à son passé sont tout aussi révélatrices : on ne sait pas pour quelle raison Greene a quitté Londres mais il y a eu un problème sur lequel il ne s'étend pas. À l'annonce de son avenir, il se ferme complètement et congédie Emma. L'acceptation de la Mort (en tant que lame du tarot et qui, ainsi que le rappelle pourtant sa voisine, n'est pas nécessairement la fin) était peut-être pourtant sa dernière chance d'abandonner sa boulimie cybernétique et de se poser véritablement dans sa nouvelle existence, de laisser au nouveau contexte le temps de sédimenter. Mais non. On peut dire qu'il a tout pour être heureux mais comme c'est l'enfant buté d'une époque de vitesse croissante et d'abrutissement mécaniste, tout son univers se retourne contre lui, sous les espèces d'une force surnaturelle mais aussi sous la forme de paysages urbains ordinaires qui, devine-t-on, le font chier malgré ses commentaires enjoués. Je ne devrais probablement pas écrire ça mais je trouve que ce qui lui arrive, c'est bien fait pour sa gueule. The House on Mansfield Street : un film, sorti en juin 2018, où j'ai trouvé plus de matière à réflexion que ce à quoi je m'attendais. 



Vacances, j'oublie tout...


mercredi 27 juin 2018

The Groundstar Conspiracy, de Lamont Johnson



Aux Etats-Unis, l'employé du gouvernement John David Welles cherche à dérober les documents secrets d'un nouveau carburant pour fusées. Sa tentative échoue et il se retrouve gravement défiguré après une explosion sur la base Groundstar, son lieu de travail. En fuite, il échoue dans la maison d'une certaine Nicole Devon (interprétée par Christine Belford), jeune divorcée, et perd connaissance. Celle-ci appelle une ambulance, les autorité sont alertées et, très rapidement, Welles subit une opération de chirurgie esthétique puis se fait interroger de manière brutale par Tuxan, un agent de renseignement de type dur à cuire. Welles, cela dit, affirme n'avoir aucune mémoire de son forfait ; il ne souvient même pas de sa vie, en dehors de quelques images vagues d'une femme et d'enfants sur une plage.

Malgré les techniques musclées d'interrogatoire auxquelles Tuxan a recours (électrochoc, immersion), Welles maintient sa version de l'amnésie totale et manque se faire assassiner par quelqu'un de l'extérieur. Tuxan permet à Welles de s'échapper dans l'espoir qu'il les mènera aux commanditaires du vol. Welles se rend chez Nicole et la supplie de l'aider à recouvrer la mémoire. Elle ne sait cependant rien.

Tuxan finit par retrouver les conspirateurs et révèle toute la vérité à Welles qui ne parvient toujours pas à se rappeler les détails du vol. Le vrai John David Welles est en fait mort au cours de son transfert à l'hôpital, la nuit de l'explosion. L'homme dont on nous a dit jusqu'ici qu'il s'appelait Welles est en fait Peter Bellamy, un autre agent du gouvernement américain. Ayant récemment perdu sa femme lors d'un accident (ce qui correspond à ses bribes de souvenirs) et considérant que sa vie ne valait plus la peine d'être vécue ni conservée en mémoire, Bellamy s'est porté volontaire pour subir un lavage de cerveau et prendre l'identité de Welles afin de débusquer les vrais coupables.

Cette co-production canadienne et américaine, tournée en 1971 par Lamont Johnson et sortie en 1972, est une adaptation libre du roman du Britannique L.P. Davies The Alien, paru en 1968. L'œuvre de Davies, assez orientée vers la science-fiction, l'horreur et le mystère, présente souvent des personnages en proie à l'amnésie, en quête de leur identité véritable. Philip K. Dick est peut-être l'arbre qui cache la forêt L.P. Davies. Il va s'avérer indispensable de se pencher à nouveau sur son cas.

Comme on pourrait s'y attendre à propos de The Groundstar Conspiracy (titre français : Requiem pour un espion), ce film mâtiné d'un vague fond de science-fiction offre une ambiance de confusion et de paranoïa. Je trouve le résultat assez convaincant malgré le passage des années et l'écart avec le texte d'origine mais ce qui m'intéresse le plus, dans cette histoire, c'est la radicalité de Tuxan et de Welles/Bellamy. Ce dernier, malgré son statut d'homme traqué (interprété de manière convaincante par Michael Sarrazin, acteur peut-être injustement mésestimé), est dans un sens aussi déterminé que celui qui semble être son antagoniste principal. Cette détermination trouve sa source dans l'intolérable souffrance d'un deuil. Apparemment victime, Bellamy a oublié qu'il est en fait le volontaire d'une mission-suicide et que son amnésie est la clef du plan concocté avec Tuxan !

Cela explique peut-être l'élément « groundstar » du titre. Une étoile (star) abattue, jetée à terre (ground, grounded). Dans The Alien, la question est également de déterminer l'identité du protagoniste. Si on veut bien faire abstraction du dévoilement d'intrigue effectué plus haut, on s'interroge tout autant dans le film. Welles aurait presque des allures d'homme tombé du ciel, pour faire un clin d'œil au roman éponyme de Walter Tevis (The Man Who Fell to Earth). L'autre personnage radical est Tuxan, dont le nom offre une ressemblance avec « tocsin » (tocsin) et « toxine » (toxin). À lire çà et là quelques critiques du film, Tuxan serait une ordure, un fasciste, un psychopathe, period. Je dirai pour ma part qu'il est inflexible, sans états d'âme autres que la raison d'Etat. Il se dit d'ailleurs prêt à mettre sur écoute sa propre famille si cela doit renforcer la sécurité du pays. Il s'est mis lui-même sur écoute ! Si on le laissait faire, il placerait des micros dans toutes les chambres à coucher car c'est là que naissent tous les complots, toutes les révolutions. Bien entendu, il ne choque pas que certains spectateurs mais aussi d'autres personnages de l'intrigue. Au final, cependant, il serait à sa manière (comme l'amnésique quoique d'une manière différente) un homme qui a tout sacrifié, bien conscient que dans le lot des dépossessions, il y avait sa réputation et jusqu'à la capacité de se faire aimer. Après, on peut aussi se demander si tout cela ne serait pas qu'un prétexte. Tuxan serait le sadique et Welles/Bellamy le masochiste d'une relation trouble. 

Je vais aller encore plus loin : je trouve fascinant le jeu de George Peppard, qui incarne Tuxan. Il est parfait dans ce rôle malgré son monolithisme apparent. Je le trouve d'autant plus fascinant que Peppard a régulièrement été perçu comme un sale con pendant les tournages de ses divers films et séries. À l'époque de The Groundstar Conspiracy, sa réputation était déjà en berne (cantonné qu'il était aux rôles d'action depuis la fin des années soixante jusqu'au tout début des années quatre-vingt ; il lui faudra attendre 1983 pour retrouver un second souffle avec le drôlatique et incontournable The A-Team). Ont toujours été invoqués dans son cas un problème d'alcoolisme et de personnalité (même dans ses périodes les plus fastes). Peppard n'a peut-être pas entièrement eu la carrière qu'il méritait car c'était avant tout un acteur très doué mais, à regarder le film de Johnson, je me pose tout de même une question, je le reconnais, un peu vicieuse : dans quelle mesure a-t-il composé Tuxan? The Groundstar Conspiracy est selon moi un film à redécouvrir car il possède, pour toutes ces raisons (et peut-être d'autres encore), une densité qu'on ne lui a pas forcément reconnue malgré ses acteurs, son montage nerveux et son intrigue bien menée. 



mardi 26 juin 2018

The Brain Eaters, de Bruno VeSota

 Lorsque ce film de Bruno VeSota sortit en 1958, il fallut en réduire la durée à la demande de Robert A. Heinlein qui, en 1951, avait écrit The Puppet Masters, roman dont l'intrigue ressemblait étrangement à celle de The Brain Eaters première mouture. Dégrossi, le film y fait un peu moins penser. Les producteurs (Ed Nelson, lui-même acteur principal, et Roger Corman, non crédité au générique) n'eurent pas d'autre choix que de s'exécuter sous la menace d'un procès pour plagiat intenté par Heinlein. Le problème fut réglé à l'extérieur des tribunaux : l'auteur du fameux Stranger in a Strange Land reçut cinq mille dollars (américains) en guise de dédommagement.

The Brain Eaters se laisse regarder en une soixantaine de minutes. Je ne sais pas ce que cela aurait donné dans la version initialement prévue mais en l'occurrence, cela me semble suffisant. Dans une petite ville de l'Illinois, Riverdale (ça n'existe pas que dans les Archie Comics!), une vague de meurtres se combine à la découverte en forêt d'une structure métallique d'origine semble-t-il non humaine. Elle est indestructible, on ne sait pas à quoi elle sert, son intérieur est constitué d'un enchevêtrement de conduits. Les meurtres sont effectivement liés au problème. Des parasites d'origine inconnue (du moins au début) s'emparent des humains en pénétrant à l'arrière de la nuque, modifiant ainsi leur comportement. En fait de mangeurs de cerveaux, cela dit, il faut se résigner à un énième titre ronflant : à peine ai-je vu une espèce de bout de mou parasitaire se faire proprement (non, vraiment proprement) disséquer dans un laboratoire. La section tranchée se met alors à ramper d'elle-même ; elle anticipe vaguement les espèces de petits étrons prenant le contrôle de l'humanité dans un film de Cronenberg, Frissons (Shivers ou encore The Parasite Murders, They Came from Within pour la version originale).

Ici, c'est plutôt les mangeurs d'avant-bras gauches.
Alors que l'emprise des parasites s'étend et que la ville se retrouve coupée du monde, quelques individus, comme on dit, tentent d'organiser la résistance. Je précise de suite que les acteurs, la plupart du temps, jouent comme des pieds et que le choix de certains plans est pour moi une énigme. Je me permets d'ajouter que le scénario lui-même (Est-ce dû au redécoupage du film ?) comporte, selon moi, des incohérences difficilement négligeables. Il s'avère que les parasites en question ne sont pas d'origine extra-terrestre mais terrestre, ils remontent du sol, plus exactement de la couche géologique marquant le Carbonifère. Dotés d'une grande intelligence (je veux dire : pour de petites moumoutes surmontées d'antennes bricolées à base de cure-pipes), ces êtres justifient leur prise de pouvoir par le désir de donner à l'humanité une civilisation de zombies d'où toute violence serait désormais exclue. Le problème, c'est qu'un peu plus tôt dans l'intrigue, un médecin nous apprend, suite à l'examen d'un cadavre de « possédé », que même s'il ne s'était pas fait tirer dessus, il serait mort en quarante-huit heures maximum à cause de l'acide sécrété par son parasite ! Et puis il y a ce savant rescapé d'une expédition disparue cinq ans plus tôt, qui fait sa réapparition à proximité de la structure en tire-bouchon. Il s'est évadé ? On l'a laissé partir ? Je l'ignore mais dans la structure en question, un autre membre de l'expédition, contrôlé lui aussi mais apparemment en bonne santé, informe nos héros résistants du fin mot de l'histoire puis disparaît dans un nuage de fumée. Pour faire bref, les Moumoutes de l'Apocalypse seront détruites grâce à l'électricité.
Ils sont pas méchants, ils veulent jouer!

      Tourné avec un budget riquiqui, joué sans trop de conviction, dépourvu le plus souvent de tension véritable (sauf, si l'on peut dire, lors de l'électrique conclusion), The Brain Eaters tentera de se rattraper en jouant la carte de la suggestion et non celle de la monstration (cette dernière étant de toute manière plus récente, suite aux progrès de l'imagerie et de la feignantise narratologique). Malgré tous ces défauts (ou à cause d'eux), c'est un nanar regardable. Un dernier point : l'acteur incarnant l'autre membre de l'expédition n'est autre que Leonard Nimoy (orthographié « Nemoy » dans le film). On ne le voit donc que sur la fin. Difficile à reconnaître, c'est sa voix qui permet de l'identifier. Live long and prosper ! 

Surtout, prendre un air dégagé.
      
Want some, bro?
            
C'est bien la dernière fois que je fais la corvée de gogues!
                                                                 
Horreur! Un naturiste!

mardi 19 juin 2018

Lorsque vous vous prenez un vent, exigez le label Flatulence Française. C'était un communiqué du Réarmement Anal.

vendredi 15 juin 2018

Dieu (le père, entre autres, de Pythagore et de Platon) n'a pas dit "copulez et additionnez" mais "croissez et multipliez".